Pour m'insulter mail: Fiumefreddo




La reconquête de Paris

Jean Dutourd, de l'académie Française

Ce livre est un conte de fées : tout-à-coup Paris redevient beau. Beau comme il l'était encore naguère, beau comme en 1900, beau même comme en 1950.
Malraux a débarbouillé Paris. Valentin Fiumefreddo le débarbouille aussi, mais plus en profondeur. C'est à dire qu'il efface les horreurs architecturales qu'on y a construite depuis trente ans et les remplace par des bâtiments qui nous paraissent délicieux parce qu'ils sont conformes au génie français.
Valentin Fiumefreddo nous propose un catalogue de ce que Paris pourrait être et qu'il n'est pas ou qu'il n'est plus. On est à la fois émerveillé et désespéré. Payer des impôts n'est jamais agréable, certes, mais nous savons que cela est nécessaire, et que parfois notre pauvre argent n'est pas trop mal employé. Lorsque nous constatons qu'il passe dans de prétendus monuments qui coûtent aussi cher, sinon plus, que n'auraient coûté de belle choses, on est particulièrement consterné. Rien n'est dangereux comme de donner le pouvoir à des gens de goût. C'est ce que nous avons fait depuis 1981 et les horreurs architecturales et artistiques ont pullulé. Le drame des gens de goût, c'est qu'ils sont pénétrés de la vieille sottise selon laquelle l'art n'a pas de patrie. Or il en a plusieurs et c'est justement parcequ'il n'est pas le même en Espagne qu'en Allemagne, en Amérique qu'en Afrique, qu'il est fécond. Le patriotisme est la première caractéristique de l'art ou, si l'on préfère, le particularisme, le provincialisme. Tout art est régionaliste. D'où il suit que si un jour il y a une seule "culture" mondiale, il n'y aura plus d'art. Concomitamment, tous les hommes parleront la même langue autrement dit le même sabir utilitaire. Adieu littérature française, anglaise, italienne, espagnole. Adieu Chateaubriand, adieu Shakespeare, adieu Manzoni. Toute langue sera une langue morte. Le premier crime de nos gens de goût aura été d'importer en France les gratte ciel ou, comme ils disent: "les tours" des Etats-Unis, qui sont peut-être une expression du génie américain, mais qui n'ont rien de commun avec notre génie propre. Derrière les tours qui écrasent nos paysages, sont arrivées toutes sortes de choses en verre ou en béton, alors que le seul matériau adapté à l'architecture de l'Europe est la pierre. Schopenhauer, dans son Esthétique, le démontre de manière irréfutable. Hélas! Les ministres de la Culture, et même les présidents de la république, ne lisent pas les vieux philosophes allemands. Ne parlons pas des puérilités de la pyramide du Louvre et les colonnes de Buren plantées au Palais-Royal. Les gens de goût ne savent pas que la première loi de l'urbanisme est de ne pas poser n'importe quoi n'importe ou. Je me demandais, lorsque cela était en construction, à combien cela revenait et combien il faudrait dépenser pour l'enlever dans quelques années. Je pensais qu'on eût, à beaucoup moins de frais, rebâti les Tuileries telles qu'elles étaient avant que les communards n'y missent le feu. On aurait laissé le ministère des Finances rue de Rivoli, et on eût épargné les millions ou les milliards prodigués pour fabriquer le gigantesque blockhaus fiscal de Bercy. Monsieur Fiume-Freddo, grâce à Dieu, est le contraire d'un homme de goût. style Vème République. En premier lieu, il croit que l'art à une patrie, singulièrement l'architecture, et que Paris n'est pas une ville comme une autre, une agglomération d'individus analogue à Mexico, Los Angeles ou Dakar, en perpétuelle métamorphose selon des besoins éphémères ou des lubies changeantes, mais qu'elle a une âme millénaire et qu'on ne peut innover dans un lieu aussi rempli de souvenirs et d'évènements historiques qu'en demeurant fidèle à une certaine inspiration. Selon M. Fiume-Freddo, il ne doit pas y avoir de rupture entre les bâtiments d'aujour d'huis et ceux d'autrefois à qui nous devons ce tableau varié mais sommes toute homogène qu'est une ville française. Il est nourri d'Androuet du Cerceau, de Philibert delorme, de le Vau, de Mansart, de Ledoux, de Percier et Fontaine, de Garnier. Il considère que le baron Haussmann a permis l'essor de l'architecture Française au XIXème Siècle et que ce siècle-là est un des grands moments de cet art en France: unique par l'ampleur, l'érudition, l'invention, la fantaisie. Et parfois on a le sentiment qu'il est le petit-fils ou le petit-neveu de Hittorff, Labrouste Baltard, Brongniart, et de divers grands hommes. Ce genre de petit-fils ou de petits neveu n'est pas si fréquent de nos jours que, quand par extraordinaire on en trouve un, il ne faut surtout pas le lâcher. Les précurseurs sont généralement des attardés. En s'attardant sur les traditions architecturales françaises, M Fiume-Freddo est peut-être l'annonciateur d'un renouveau. Certes, il est infiniment plus difficile à la beauté de s'imposer qu'à la laideur, et le bon usage de la tradition à bien de la peine a supplanter les aberrations de la mode, mais cela arrive quelquefois. Les monstruosité meurent aussi. Dame, il faut être patient..


Solicité par nous, sur la seule vision de mes projets, Jean Dutourd n'a pas hésité (1998) un instant à nous offrir cette introduction
 

PRINCIPAUX SITES :