Pour m'insulter mail: Fiumefreddo


 

 



Non, ce n'est pas une blague. Dominique Perrault, architecte français dont le projet fut personnellement choisi par le président Mitterrand, désirait, selon ses propres dires: "créer un lieu vide" entre les quatre tours, censées représenter des "livres ouverts". Pour Dominique Perrault, le vide, en ville, est un "luxe absolu". Ainsi son idée-force est: "entre ces quatre bâtiments il n'y a rien, et cela est beau et vrai".
Ne riez pas ! Dominique Perrault ne rigole pas, il ne rigole jamais, même lorsqu'il dit que le périphérique et ce qui l'entoure est la partie la plus intéressante de Paris architecturalement.  
Perrault a le mérite d'enterrer une partie de ses édifices, ce qui est le cas ici, et fait toujours de la laideur en moins. Au niveau du plan, cette "bibliothèque" est un contre-sens absolu: quatre bâtiments de grande hauteur, distincts de surcroît, sont le dernier parti possible pour un programme de bibliothèque. Du moins pour un jury d'examen au Beaux-arts de 1900, c'est à dire une époque ou les crétins rigide ets classiques brimaient la créativités d'étudiants comme Perrault. A ce niveau d'aberration, l'on ne peut plus que croire à un acte gratuit, inutile, donc dada.

   
La porte de Bagnolet. Pour dominique Perrault, plus intéressant que l'Hôtel de Lamoignon. Photo Cédrick Eymenier



This huge building, in the grip of spatial contorsions, has four nondescript towers, each 79 metres high, and totally lacks scale. Alternative project designed by Valentin Fiumefreddo, 1996.


MISE A JOUR 2007 

Depuis l'achèvement du monstre, deux phénomènes en ont accéléré l'obsolescence. Tout d'abord le saccage bétonnant de cette zone (ZAC Tolbiac) s'est poursuivi, même si il s'agit en majorité de gabarits "hausmanniens" invisibles de loin, aggravant la laideur des lieux.

L'autre phénomène est l'accélération du progrès technique qui fera bientôt des bibliothèques centrales de simples magasins, la consultation des ouvrages, stockés sous forme numérique sur des serveurs généralement situés ailleurs que le lieu d'entrepôt matériel des livres papier, se faisant à distance. Google, qui compte numériser le contenu des grandes bibliothèques du monde, en est l'exemple parfait.

Cet "éléphant blanc" ruineux, caprice ubuesque d'un Mitterrand aux goûts de notaire, complexé par un Pompidou aux goût de plouc, devra tôt ou tard être reconverti. Mon projet aurait eu le mérite de pouvoir facilement servir à autre chose avec de moindres modification. L'idéal serait bien sûr la démolition de ces quatre tours, et vite.





Mon projet s'inspire à la fois du Petit Palais (arc plein-cintre du pavillon central et colonnes groupées de type "support de Reims") et de la colonnade du Louvre. Contrairement aux apparences, les surfaces utiles sont à peu près identiques, puisque "l'espace vide" est utilisé (je sais que cela peut sembler répugnant) à stocker des livres et à abriter des locaux administratifs. Mais il est vrai que je suis très bête et très méchant, sans doute admirateur d'Albert Speer. Ceux qui mesurent la nouveauté à la vitesse à laquelle on retourne aux idées des années 20 ne comprendront donc pas ce conservatisme terrifiant.
Il va également de soi qu'un tel projet ne pouvait se concevoir avec le voisinnage des sinistres gabarits haussmanniens (je parle des gabarits seulements, bien entendu) de la zone Bercy Tolbiac, qui est en train de "quartier-difficiliser" à grande vitesse. Même causes que dans les années 60, même effets dans les années 2000. 

 




A lire: L'effondrement de la Très Grande Bibliothèque Nationale de France
Jean Marc Mandosio, Edition de l'Encyclopédie des Nuisances, Paris, 1999.
Ces éditions sont des héritiers des situationnistes. Ils critiquent ouvertement certains aspects du monde moderne au risque de passer pour des réactionnaires à leur tour. 
Peu nous importent ces querelles entre gens de gauche intelligents: ce livre est remarquable à tout point de vue, et de plus ces éditions sont très joliment fabriquées. Cliquez sur le livre vers le lien Amazon.fr